Publié le 15 mars 2024

Avoir froid à 21°C n’est pas psychologique, c’est un problème physique lié à l’environnement de votre maison, bien au-delà de la température de l’air.

  • Un taux d’humidité inadéquat peut vous faire ressentir le froid de manière plus intense, même si le chauffage fonctionne.
  • Vos murs, planchers et fenêtres, s’ils sont froids, « volent » littéralement votre chaleur corporelle par radiation, créant une sensation de froid constante.
  • L’air stagnant cause une stratification où l’air chaud monte au plafond, laissant vos pieds au froid.

Recommandation : Avant de monter le chauffage, procurez-vous un hygromètre pour mesurer l’humidité et touchez vos murs extérieurs. La solution à votre frisson s’y trouve probablement.

Le thermostat de votre maison au Québec affiche un confortable 21°C, pourtant, vous êtes emmitouflé dans une couverture, une tasse de thé chaud entre les mains, en vous demandant pourquoi vous frissonnez encore. Cette situation est frustrante et bien plus courante que vous ne le pensez. Instinctivement, on accuse un chauffage défaillant, des fenêtres vieillissantes ou un manque d’isolation. On se lance alors dans des travaux coûteux ou on augmente le thermostat, faisant grimper la facture d’Hydro-Québec sans pour autant résoudre le problème de fond.

La vérité est que le confort thermique est une science bien plus complexe que le simple chiffre affiché par un thermomètre. Ce chiffre ne mesure qu’un seul paramètre : la température de l’air. Or, votre corps, lui, perçoit une réalité bien plus nuancée. Il est engagé dans une bataille constante contre des forces invisibles qui déterminent votre sensation de chaleur ou de froid. Le confort n’est atteint que lorsque votre corps n’a à fournir aucun effort pour maintenir sa température interne de 37°C.

Mais si la véritable clé n’était pas de produire plus de chaleur, mais de comprendre comment votre corps la perd ? Et si le problème n’était pas le chauffage, mais plutôt la façon dont votre maison interagit avec votre propre chaleur corporelle ? Cet article va au-delà des conseils habituels. Nous allons décortiquer les trois grands voleurs de chaleur invisibles : l’humidité, le rayonnement des parois froides et la stratification de l’air. En comprenant ces mécanismes physiques, vous découvrirez pourquoi vous avez froid à 21°C et, surtout, comment y remédier efficacement pour retrouver un confort durable et faire des économies.

Cet article vous guidera à travers les concepts clés du confort hygrothermique. Vous apprendrez à diagnostiquer les problèmes spécifiques à votre habitation et à identifier les solutions les plus pertinentes, du simple réglage aux travaux de fond.

Comment un taux d’humidité de 30% vous coûte cher en chauffage et en confort ?

L’un des coupables les plus sous-estimés de l’inconfort thermique en hiver est un air trop sec. Lorsque le taux d’humidité relative dans votre maison chute en dessous de 40%, l’air devient « assoiffé ». Il cherche alors à s’équilibrer en absorbant l’humidité partout où il peut la trouver, y compris à la surface de votre peau. Ce processus d’évaporation, même s’il est invisible, consomme de l’énergie et refroidit activement votre corps. C’est le même principe qui vous fait frissonner en sortant de la douche : l’évaporation de l’eau sur votre peau vous vole de la chaleur. Un air trop sec en hiver crée un effet « peau mouillée » permanent, vous forçant à monter le chauffage pour compenser cette perte de chaleur.

À l’inverse, un air trop humide (au-dessus de 60%) n’est pas souhaitable non plus. Il peut donner une sensation de moiteur et, surtout, augmente les risques de condensation sur les surfaces froides comme les fenêtres, favorisant l’apparition de moisissures. L’enjeu est donc de maintenir un équilibre. Au Québec, l’objectif durant la saison de chauffe est un taux d’humidité entre 40% et 55%. Dans cette plage, la sensation de confort est optimale, et les risques pour le bâtiment et la santé sont minimisés.

L’impact financier est direct. Selon des études sur l’efficacité énergétique, maintenir un taux d’humidité adéquat permet de se sentir aussi confortable avec un thermostat réglé à 19-20°C qu’à 21-22°C dans un air sec. Une maison québécoise typique qui maintient un taux d’humidité entre 40 et 50% peut ainsi baisser le thermostat de 1 à 2°C tout en conservant le même niveau de confort. Cela se traduit par des économies substantielles sur la facture d’Hydro-Québec à la fin de l’hiver.

Plan d’action : Diagnostiquer et corriger l’humidité chez vous

  1. Mesurez : Procurez-vous un simple hygromètre (disponible pour 15-20$). Placez-le dans votre pièce de vie principale et surveillez le taux d’humidité. Visez une plage de 40 à 55% en hiver.
  2. Ventilez : Si votre maison est équipée d’un ventilateur récupérateur de chaleur (VRC), assurez-vous de nettoyer ses filtres tous les 3 mois pour garantir son efficacité. Le VRC est essentiel pour évacuer l’excès d’humidité tout en conservant la chaleur.
  3. Humidifiez : Si votre air est constamment sous les 40%, l’installation d’un humidificateur centralisé sur votre système de chauffage à air pulsé est la solution la plus efficace. Autrement, des humidificateurs portables dans les chambres et la pièce de vie peuvent grandement améliorer la situation.

Pourquoi vos murs extérieurs absorbent-ils votre chaleur corporelle par radiation ?

Le second grand voleur de chaleur est un phénomène physique puissant mais invisible : le transfert de chaleur par rayonnement. Votre corps, à 37°C, émet en permanence de l’énergie sous forme de rayons infrarouges, exactement comme un feu de camp. Quand vous êtes entouré de surfaces (murs, planchers, fenêtres) à une température proche de celle de l’air, cet échange est équilibré et vous vous sentez bien. Mais lorsque ces surfaces sont froides, elles se transforment en véritables « aspirateurs » à chaleur. Elles absorbent le rayonnement de votre corps bien plus qu’elles n’en émettent, créant un déficit qui se traduit par une sensation de froid tenace, même si l’air ambiant est à 21°C. On appelle cela le vol de chaleur radiant.

Ce phénomène explique pourquoi vous pouvez avoir froid en étant assis près d’une grande fenêtre mal isolée en hiver, même si le chauffage fonctionne à plein régime. Votre corps perd de la chaleur directement vers la surface froide de la vitre. Les murs extérieurs mal isolés, les planchers au-dessus d’un garage ou d’un vide sanitaire non chauffé sont d’autres exemples courants de parois froides qui sapent votre confort.

Vue thermographique comparative d'un mur extérieur mal isolé montrant les zones de déperdition

La différence de température n’a pas besoin d’être énorme pour être ressentie. Des experts en efficacité énergétique confirment que pour une température ambiante de 20°C avec des murs à 16°C, la température réellement ressentie par votre corps n’est que de 18°C. Cette différence de 4°C entre l’air et la paroi suffit à créer un inconfort notable. L’objectif est donc que la température de surface de vos murs et fenêtres ne soit jamais inférieure de plus de 2 à 3°C à la température de l’air. Améliorer l’isolation des murs ou remplacer de vieilles fenêtres n’est donc pas seulement une question d’économies d’énergie, c’est avant tout une stratégie pour stopper ce vol de chaleur et améliorer radicalement votre confort.

Pieds froids, tête chaude : comment brasser l’air sans créer de courants d’air ?

Vous connaissez sans doute cette sensation : les pieds gelés alors que vous sentez une chaleur étouffante au niveau de la tête. Ce phénomène, appelé stratification thermique, est le troisième facteur clé de l’inconfort. Il est dicté par une loi physique simple : l’air chaud est moins dense que l’air froid, il a donc tendance à monter et à s’accumuler au plafond. Dans une pièce mal brassée, il n’est pas rare d’observer une différence de température de plusieurs degrés entre le sol et le plafond. Votre thermostat, souvent placé à 1,5 mètre du sol, peut indiquer un parfait 21°C alors que la température au niveau de vos pieds n’est que de 17°C.

Ce problème est particulièrement présent dans les maisons avec de hauts plafonds (cathédrale ou mezzanine) et avec des systèmes de chauffage par convection, comme les plinthes électriques, qui chauffent l’air localement et le font monter directement vers le plafond. La solution logique serait de brasser cet air pour homogénéiser la température. Cependant, il faut le faire avec une extrême précaution. Le corps humain est très sensible aux mouvements d’air, qui accélèrent la perte de chaleur par convection (l’air en mouvement qui effleure votre peau). D’après les mesures de confort thermique, un courant d’air de seulement 0,2 m/s fait chuter la sensation thermique de 2 à 3°C. Le défi est donc de déstratifier l’air sans créer de courants d’air désagréables.

Plusieurs solutions douces existent pour y parvenir :

  • Ventilateurs de plafond en mode hiver : En faisant tourner les pales dans le sens horaire à très faible vitesse, le ventilateur pousse l’air chaud accumulé au plafond vers les murs, d’où il redescend doucement sans créer de courant d’air direct sur les occupants.
  • Grilles de transfert d’air : Installer des grilles en haut des murs entre un étage supérieur et un rez-de-chaussée (ou entre une pièce avec un poêle à bois et le reste de la maison) peut aider à une circulation naturelle de l’air chaud.
  • Optimisation du système à air pulsé : Si vous avez un système de chauffage central, assurez-vous que les bouches de retour d’air (celles qui aspirent l’air pour le renvoyer à la fournaise) sont bien positionnées au niveau du sol pour aspirer l’air le plus froid. Faire fonctionner le ventilateur de la fournaise en continu à basse vitesse peut aussi grandement aider.

Thermostats de zone vs chauffage central : quel impact réel sur le confort de chaque pièce ?

Le contrôle de la température est aussi crucial que sa production. Un système de chauffage, aussi performant soit-il, ne peut garantir le confort s’il ne chauffe pas la bonne pièce au bon moment. C’est ici qu’intervient la notion de zonage thermique : la capacité à régler la température de manière indépendante dans différentes zones ou pièces de la maison. Au Québec, deux philosophies s’opposent : le chauffage central (souvent à air pulsé) et le chauffage décentralisé (typiquement les plinthes électriques).

Les maisons québécoises équipées de plinthes électriques bénéficient nativement d’un zonage par pièce, ce qui représente un avantage considérable en matière de confort et d’économies. Chaque pièce dispose de son propre thermostat. Cependant, cet avantage est souvent anéanti par l’utilisation de thermostats mécaniques (à molette), imprécis et peu réactifs. Le simple passage à des thermostats électroniques programmables transforme complètement le système. Des entreprises québécoises comme Sinopé proposent des modèles intelligents qui permettent de programmer des températures différentes selon l’heure et le jour de la semaine, ajustant le chauffage à l’occupation réelle des pièces (baisser la nuit dans le salon, augmenter le matin dans la salle de bain). Cette optimisation peut générer des économies de 15% à 25% et permet même de profiter de programmes comme le tarif Flex D d’Hydro-Québec.

Étude de cas : Optimisation du zonage dans une maison québécoise

Une famille de Longueuil, vivant dans un bungalow des années 80 chauffé par des plinthes électriques, se plaignait de chambres froides et d’une facture élevée. En remplaçant leurs vieux thermostats à molette par des thermostats électroniques intelligents dans chaque pièce, ils ont pu programmer une baisse de 3°C la nuit dans les pièces de vie et la journée dans les chambres inoccupées. Résultat : un confort accru le matin et le soir, et une réduction de près de 20% sur leur consommation de chauffage annuelle, tout en adhérant au programme de tarification dynamique d’Hydro-Québec.

À l’inverse, un système central à air pulsé, bien qu’efficace pour filtrer et humidifier l’air, souffre souvent d’un manque de zonage. Un seul thermostat dans le salon pilote le chauffage de toute la maison, ignorant les besoins spécifiques d’une chambre orientée au nord ou d’un bureau au-dessus du garage. Des solutions de zonage avec registres motorisés dans les conduits existent, mais elles sont complexes et coûteuses à installer a posteriori.

Convection vs Radiation : pourquoi le plancher chauffant offre un meilleur ressenti à température égale ?

Pour bien comprendre le confort, il est essentiel de distinguer les deux principaux modes de transfert de chaleur utilisés dans nos maisons : la convection et la radiation. Le choix entre ces deux technologies a un impact direct sur la sensation de chaleur, la qualité de l’air et l’efficacité énergétique.

Le chauffage par convection, typique des plinthes électriques et des systèmes à air pulsé, fonctionne en chauffant l’air. L’air chaud, plus léger, monte vers le plafond, se refroidit au contact des parois, puis redescend pour être réchauffé, créant un cycle de circulation. Ce mode de chauffage est rapide et simple à installer, mais il présente des inconvénients majeurs : il favorise la stratification thermique (les fameux « pieds froids, tête chaude »), assèche l’air et met en suspension la poussière et les allergènes.

Le chauffage par radiation (ou rayonnement), lui, ne chauffe pas directement l’air, mais les masses : les objets, les murs, les meubles et les personnes présents dans la pièce. Le plancher chauffant est l’exemple parfait. La chaleur est émise par une grande surface à basse température, de manière douce et homogène. Cette chaleur radiante est similaire à celle émise par le soleil. Elle réchauffe directement votre corps et les objets environnants, qui à leur tour réchauffent l’air ambiant de manière très douce. Ce mode de chauffage élimine la stratification, ne brasse pas la poussière et procure une sensation de chaleur enveloppante et très confortable. L’efficacité de ce principe est remarquable : des études sur le confort thermique montrent qu’un plancher chauffant permet d’obtenir le même confort à 19°C qu’un système par convection classique réglé à 21°C. Cette différence de 2°C représente une économie d’énergie d’environ 14%.

Coupe transversale d'une pièce montrant les flux de chaleur par convection et radiation

Bien que l’installation d’un plancher chauffant soit plus complexe et coûteuse, notamment en rénovation, il représente le summum du confort thermique. Il s’attaque à la racine des problèmes de stratification et de parois froides, assurant une chaleur uniforme du sol au plafond.

Thermomètre à 21°C mais sensation de froid : quelle est la cause invisible ?

La température ressentie est la moyenne entre la température de l’air et celle des parois.

– Conseils Thermiques, Guide du confort thermique

Cette simple phrase résume l’essentiel du problème. La sensation de froid que vous éprouvez malgré un thermostat rassurant n’est pas une illusion ; c’est le résultat direct des lois de la physique thermique. Le chiffre de 21°C affiché ne représente que la température de l’air (température sèche). Or, votre corps ne ressent pas que cela. Il ressent ce que les experts appellent la température opérative, qui est une moyenne pondérée entre la température de l’air et la température radiante moyenne de toutes les surfaces qui vous entourent (murs, sol, plafond, fenêtres).

Ainsi, les trois voleurs de chaleur que nous avons identifiés – l’humidité, les parois froides et la stratification de l’air – convergent tous vers ce même point : ils font chuter votre température ressentie bien en dessous de la température de l’air.

  • Un air trop sec vous refroidit par évaporation.
  • Des murs à 16°C dans une pièce à 21°C vous donnent l’impression qu’il ne fait que 18.5°C.
  • Un sol à 17°C à cause de la stratification vous gèle les pieds et envoie un signal de froid à tout votre corps.

La cause invisible de votre inconfort est donc ce décalage entre la mesure partielle de votre thermostat et le bilan thermique global de votre corps. Lutter contre ce froid en augmentant le chauffage est une solution coûteuse et inefficace. C’est comme essayer de remplir une baignoire qui fuit en ouvrant le robinet plus fort. La vraie solution est de colmater les fuites, c’est-à-dire de s’attaquer aux causes profondes de la perte de chaleur corporelle.

Checklist : Votre mini-diagnostic confort en 3 étapes

  1. Mesurez l’humidité : Achetez un hygromètre (environ 15$) et vérifiez le taux d’humidité relative. En hiver au Québec, il devrait se situer entre 40% et 55%. Si vous êtes en dessous, c’est une piste sérieuse.
  2. Touchez vos murs : Par une journée froide, posez la main sur vos murs extérieurs, puis sur un mur intérieur (de séparation). Si la différence de température est très marquée (plus de 2-3°C au toucher), vos murs « volent » votre chaleur par radiation.
  3. Visualisez les fuites d’air : Utilisez un bâton d’encens ou une bougie. Approchez-le lentement du cadre de vos fenêtres, de vos portes extérieures et des prises de courant sur les murs extérieurs. Si la fumée est aspirée ou déviée, vous avez une fuite d’air qui crée un courant d’air froid localisé.

Comment lire une image thermique sans confondre un pont thermique avec une fuite d’air ?

Lorsque le diagnostic simple ne suffit plus, la caméra thermique devient l’outil de prédilection de l’expert en bâtiment pour visualiser l’invisible. Elle permet de cartographier les températures de surface de l’enveloppe de votre maison et de localiser précisément les défauts. Cependant, une image thermique peut être trompeuse si on ne sait pas l’interpréter. Les deux défauts les plus courants, souvent confondus, sont le pont thermique et la fuite d’air (ou infiltration).

Un pont thermique est une zone de l’enveloppe du bâtiment où l’isolation est rompue ou moins performante. La chaleur s’y échappe plus facilement par conduction. Sur une image thermique, il apparaît comme une tache ou une ligne froide bien définie et statique. Les exemples classiques sont les jonctions entre le mur et la fondation, les balcons en béton qui prolongent la dalle intérieure, ou les montants en bois (studs) d’un mur qui sont moins isolants que le matériau entre eux.

Une fuite d’air, en revanche, est un trou ou une fissure dans l’enveloppe qui laisse passer l’air froid extérieur. Sur une image thermique, elle prend une apparence très différente : une forme de « flamme » ou de « fumée » froide, avec des volutes dynamiques qui montrent le mouvement de l’air. On les trouve typiquement autour des fenêtres, des portes, des prises électriques ou des luminaires encastrés.

Gros plan sur des mains tenant une caméra thermique pointée vers un coin de mur

Pour obtenir une lecture fiable et distinguer les deux, les professionnels réalisent souvent l’inspection thermographique en combinaison avec un test d’infiltrométrie (souvent appelé « blower door test »). Au Québec, ce test est d’ailleurs obligatoire pour obtenir la certification Novoclimat. Il consiste à mettre la maison sous pression négative à l’aide d’un gros ventilateur placé dans le cadre d’une porte. Cette dépression force l’air extérieur à s’infiltrer par toutes les fissures, transformant les fuites potentielles en flux d’air réels et facilement visibles à la caméra thermique. Pour des résultats optimaux, l’inspection doit être menée lorsqu’il y a une différence de température d’au moins 14°C entre l’intérieur et l’extérieur.

À retenir

  • Votre confort ne dépend pas que de la température de l’air, mais de la température ressentie (opérative), qui inclut l’effet des murs froids.
  • Un taux d’humidité idéal (40-55% en hiver) est crucial pour se sentir bien à une température plus basse et économiser sur le chauffage.
  • L’étanchéité à l’air de votre maison est souvent plus importante que la quantité d’isolant (valeur R) pour éliminer les sensations de froid.

Isolation thermique : pourquoi miser sur le « R-Value » ne suffit pas si l’étanchéité est mauvaise ?

Au Québec, lorsqu’on parle d’isolation, le premier réflexe est de penser à la « valeur R » (ou RSI en métrique), qui mesure la résistance thermique d’un matériau. On se dit logiquement que plus la valeur R de l’isolant dans nos murs et notre grenier est élevée, plus la maison sera chaude et écoénergétique. Si ce principe est juste, il est radicalement incomplet. Mettre un gros chandail de laine (haute valeur R) ne vous tiendra pas chaud dans un vent glacial si vous ne portez pas un coupe-vent par-dessus. Pour une maison, ce coupe-vent, c’est l’étanchéité à l’air.

Une mauvaise étanchéité à l’air annule en grande partie les bénéfices d’une bonne isolation. L’air froid qui s’infiltre par des milliers de petites fissures contourne l’isolant et refroidit directement les surfaces intérieures de vos murs. De plus, l’air chaud et humide de votre maison s’exfiltre et peut condenser à l’intérieur des murs froids, dégradant l’isolant et créant un risque de moisissure. Selon des études du Conseil national de recherches Canada, les fuites d’air peuvent être responsables de plus de 30% des pertes de chaleur d’une maison, même si celle-ci est bien isolée sur le papier.

L’importance capitale du pare-air/pare-vapeur au Québec

Le Code de construction du Québec est très strict sur ce point et exige la mise en place d’un système de pare-air et de pare-vapeur continu sur toute l’enveloppe de la maison. C’est souvent cette membrane de polyéthylène, avec ses joints scellés au ruban adhésif, qui fait toute la différence. Une maison avec une valeur R-40 dans le grenier mais dont le pare-vapeur est perforé par des luminaires ou mal scellé aux jonctions perdra une part significative de son efficacité. C’est la principale différence entre une rénovation « cosmétique » et une rénovation performante, éligible aux pleines subventions de programmes comme Rénoclimat.

L’adage « isoler pour l’hiver, étanchéifier pour l’éternité » prend ici tout son sens. Avant d’investir dans l’ajout d’isolant, il est primordial de s’assurer de la continuité de la barrière à l’air. Traquer et colmater les fuites d’air autour des fenêtres, des solives de rive, des sorties électriques et de la plomberie est souvent l’investissement le plus rentable pour améliorer à la fois le confort et l’efficacité énergétique.

Pour une performance thermique optimale, il est crucial de ne jamais dissocier ces deux concepts. Pour bien saisir cet enjeu, relisez pourquoi l'étanchéité prime souvent sur la simple valeur R de l'isolation.

Pour transformer ces connaissances en confort réel et en économies durables, l’étape suivante consiste à faire évaluer l’enveloppe de votre bâtiment par un conseiller ou un expert certifié en efficacité énergétique. C’est le seul moyen d’obtenir un diagnostic précis et un plan d’action adapté à votre maison.

Rédigé par Sophie Cloutier, Spécialiste en qualité de l'air intérieur et ventilation (M.Sc. Environnement). Experte en échangeurs d'air, filtration et santé respiratoire dans les bâtiments étanches.